Le Liban : Fonction du destin ou volonté nationale?


Le Liban : Fonction du destin ou volonté nationale?


Après 15 ans de guerre civile et trente années d’une paix sociale fragile, la situation au Liban reste précaire.  L’une des premières victimes de la fragilité de la situation est l’Etat, qui est constamment sous pression ou sous menace. Les citoyens libanais se battent pour résister aux pressions mais tout cela affaiblit l’Etat, son rôle et ses institutions.





L’histoire de la construction du pays depuis l’Empire Ottoman jusqu’à ce jour nous apprend que le Liban a toujours cherché à exprimer fortement sa liberté, encouragé en cela, par une géographie favorable : une côte qui permet une ouverture au monde, une montagne qui représente un refuge et une plaine de la Bekaa qui offre une ouverture sur un inter-land Arabe doté d’une terre agricole fertile. Ces trois piliers, qui présentent un avantage économique de taille se heurtent à chaque époque à des obstacles qui freinent toute possibilité d’avancement et de prospérité :
Le système de « Millet » introduit par les Ottomans reste fortement ancré dans notre société. La religion reste une composante maitresse dans la construction de l’identité individuelle. Bien que ces différentes communautés religieuses  représentent une richesse, il ne reste pas moins qu’elles se sont inféodées aux volontés des forces étrangères pensant que grâce à une protection venant de l’extérieur, l’une pourrait dominer les autres, en s’octroyant d’avantage de prérogatives. La pratique féodale restera le mode de gouvernance qui sera commun à toutes les forces qui exerceront le pouvoir. La pratique suivie, étant la même depuis la création de l’Emirat Maan.
Pourtant, certains hommes de génie développeront de manière substantielle cette idée de l’Etat du Liban. On notera notamment, l’Emir Fakhreddine, L’Emir Haidar, l’Emir Bachir II, mais aussi un certain Michel Chiha qui donnera une profondeur à l’idée du Liban. Bien que pour lui l’Etat Libanais ne doit former qu’une seule entité, il reconnaitra le besoin de développement équitable entre les régions, seul socle pour une paix durable.
Suite aux évènements de 1975, une nouvelle classe politique dirigeante émergera, mais la pratique féodale restera présente. La période post Taëf, sera particulièrement corrompue, vu qu’il incombera à une dictature, reconnue par un accord international, la lourde tâche de veiller au bon fonctionnement des pratiques démocratiques, et de vitaliser simultanément le système d’économie libre.
Cette combinaison, aboutira à la mise en place d’une gouvernance extrêmement clientéliste, qui mènera le pays à sa dérive. Pendant plus de trente ans, l’économie du Liban aura été chaque année déficitaire, sans compter que les réformes proposées seront sciemment stoppées et bloquées par les différents bénéficiaires de cette gouvernance mise en place. Tous les principes constitutionnels seront également bafoués pour satisfaire des ambitions personnelles qui se sont érigées, au dépend de l’Etat de droit et des principes d’équité.
Les crises et les scandales se succèdent, mais rien ne fait bouger les foules, jusqu’à cette extraordinaire nuit du 17 Octobre, où  le peuple libanais décide d’oublier volontairement toutes les différences et les conflits  qui le morcellent.  D’une seule voix les protestataires  demandent la chute de l’ensemble de cette classe gouvernante et réclament à cors et à cris, l’édification d’un Etat de droit et de justice. Ils parlent de localisme ou de décentralisation, comme recommandés dans les accords de Taëf.



Le Président Fouad Chéhab, est certainement l’homme politique qui aura initié effectivement, le plus de réformes administratives.
Sous son mandat, un diagnostic précis de la situation est établi, grâce notamment à la mission IRFID (Institut de Recherches et de Formation en vue de Développement) présidée par le père Lebret. Ce dernier, chargé de procéder à un examen approfondi sur le terrain, rapportera les résultats de l’enquête en concluant que, la principale cause des tensions politiques au Liban trouve ses origines dans le sous-développement socio-économique des régions. Cette situation a pour conséquence de créer un déséquilibre de croissance entre les classes sociales des différentes régions, sur base de tensions communautaires. Le chef de l’État entreprendra alors, d’importantes réformes afin de renouveler son élite dirigeante, et de développer les régions défavorisées pour empêcher l’émergence de ceintures de misère et éviter de possibles risques d’affrontements.
Le vivre-ensemble sera une des lignes directrices de son mandat. Il la renforcera par l’exécution de projets qu’il entreprendra dans les régions les plus démunies du pays. Il établira le Conseil de la Fonction Publique, chargé d’étudier les nominations, et la promotion des fonctionnaires du secteur publique. Cette réforme cherchait à favoriser la mise en place d’un système méritocratique contrairement à la pratique d’époque qui favorisait le clientélisme. Il établit notamment des organismes de contrôle comme,  le Service de l’Inspection Centrale, dans le but de surveiller et de contrôler le travail des fonctionnaires publiques et d’améliorer les services assurés aux citoyens. Il institue aussi la Cour des Comptes pour contrôler et unifier les procédures dans les administrations publiques, aux niveaux juridiques et financiers, ce qui permettra d’instaurer un certain ordre. Il met en place aussi l’INA Institut National d’Administration pour assurer la formation des fonctionnaires publiques, leur développement continu et garantir leurs compétences. Sa vision globale et visionnaire de la situation, lui accordera une renommée qui résonne encore dans les administrations publiques, mais aussi au niveau des projets d’infrastructure qu’il aura entrepris grâce à une politique équilibrée d’ouverture dans la gestion des rapports avec les pays arabes et la communauté internationale.
La pratique constitutionnelle post Taëf, démunira le Président de la République de certaines de ses prérogatives pour les octroyer au Conseil des Ministres. Le Ministre quant à lui, obtient également des prérogatives administratives, au dépend du Directeur Général.

Bien que les accords de Taëf prévoient une décentralisation administrative, il n’en reste pas moins que cette réforme fondamentale conditionnelle pour un développement égal entre libanais, restera lettre morte. L’accord international Syro-Saoudien connu sous le signe de « S-S » restera jusqu’à l’assassinat du premier ministre Hariri. Ce sont deux visions économiques qui s’opposeront tout au long de ces années.
Le principal acquis de cette révolution, est qu’elle  enclenche le passage de l’individu libanais d’un client communautaire à celui de citoyen. C’est dans cette optique, que je place la proposition déposée par la commission Baroud en 2014, sur la voie d’une décentralisation au  Liban. Cette proposition ouvre la voix à un redressement du débat politique, en s’attaquant aux causes fondamentales des problèmes des citoyens.
Le système central libanais et particulièrement, celui post Taëf, aura amplifié les tensions communautaires qui ont, à leur tour, enclenché des mécanismes de blocage figeant la vie politique mais également, la vie quotidienne et économique des libanais. La solution présentée permet de dissocier les enjeux locaux, des enjeux régionaux, condition nécessaire pour mettre fin aux maux que subit le Liban depuis plus de trente années. La question étant de savoir, quelle architecture de gouvernance permettrait de maintenir le vivre-ensemble tout en assurant un quotidien décent et sécurisé aux libanais, indépendamment des tensions au niveau régional. La solution proposée permet grâce aux mécanismes qu’elle introduit, de maintenir la stabilité et la prospérité dans une logique de croissance pacificatrice.

Hikmat Abou Zeid

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