« Le nouveau Moyen-Orient » entre Stabilité et Chaos:

« Le nouveau Moyen-Orient » entre Stabilité et Chaos:

Published in 2006. 
Il y a deux siècles déjà, et avec l’arrivée de Napoléon en Egypte en 1798,  l’apparition d’un moyen orient moderne fut annoncée. Depuis cette date jusqu'à nos jours, celui qui pesait sur l’échiquier politique international, influençait cette région embrouillée du monde. Cette même formule fut
exprimée inversement par Albert Hourani qui déclara que « celui qui a des intérêts au monde, est engagé à se préoccuper du proche orient ».

Des européens qui ont fait des accords Sykes-picot une nouvelle carte de la  région, en arrivant à l’influence américaine directe, apparue avec la fin de la guerre froide, les réalités locales (politiques et sociales) se sont toujours mal adaptées aux politiques des plus puissants. Et le conflit israélo-arabe, qui a généré un sentiment d’injustice chez une grande majorité populaire des pays arabes, n’a pas aidé.

Actuellement, et depuis l’arrivée au pouvoir des néo conservateurs à la tête des États-Unis, on entend parler d’un nouveau Moyen-Orient, une nouvelle région paisible, prospère et démocratique, qui assurerait la stabilité des peuples qui l’habitent. Mais l'expression « Nouveau Moyen-Orient » a été présentée au monde en juin 2006 à Tel Aviv par la Secrétaire d'État US Condoleezza Rice, en remplacement de l'expression  plus ancienne et plus imposante du « Grand Moyen-Orient ». Et ce fut la  première fois depuis les accords de Sykes-Picot, conclus en 1916 entre la  France, la Grande Bretagne et la Russie tsariste, qu’un tel projet global,  remaniant la partie la plus complexe du monde se pose.


Qu’en est-il de cette vision qui occupe de plus en plus le langage  médiatique? Quelle est sa dimension dérobée ? Cet article n’est en rien une étude approfondie des causes a effet  géopolitiques qui marquent actuellement la région, ni une évaluation des tiraillements régionaux entre différents pays acteurs. C’est plutôt une invitation à prendre conscience d’une période qui s’est déjà annoncée, à la lumière d’un projet qui devient de moins en moins dissimulé, nous forçant a  adopter une nouvelle lecture régionale, donc plus rationnelle des crises qui s’abattent sur la région.



Le projet d’un nouveau « moyen orient » : La Secrétaire Condoleezza Rice a déclaré lors d'une conférence de presse que la destruction du Liban et les victimes abattues par les bombardements  israéliens en Juillet 2006, n’étaient que des sacrifices « sur l’autel »  d’un nouveau moyen orient, autrement dit, sa douleur d’enfantement! Et dans  une conférence de presse avec le premier ministre israélien Ehud Olmert  durant la guerre de juillet contre le Liban, elle avait souligné devant les  médias internationaux que le projet d'un « Nouveau Moyen-Orient» était lancé depuis le Liban. Nous avons ainsi le droit de se douter, suite aux attaques israéliennes contre le Liban, approuvées indirectement si ce n’est ouvertement, par Washington et Londres, de l'existence d’objectifs géostratégiques communs  aux États-unis, a la Grande-Bretagne et a Israël. Et si ces objectifs paraissent en fin de compte évidents, leur dimension n’en reste pas moins méconnue par les analystes. Selon Mark Levine, professeur en histoire moderne, culture et religion  islamique au moyen orient a l’université de Californie, les « néolibéraux globalisateurs, les néo conservateurs, et l'administration Bush,  s’accrocheraient à la destruction créatrice comme à une manière de tracer le processus par lequel ils espèrent créer leurs nouveaux ordres mondiaux ».

Et  cette « destruction créatrice a été qualifiée par le néo-conservateur philosophe et conseiller de Bush, Michael Ledeen, comme étant une considérable force révolutionnaire ». Professeur d’histoire à l’université de Rome, Ledeen travaillait en même temps comme correspondant du journal
‘The New Republic’, tout en fréquentant la loge franc-maçonne secrète « Propaganda Due » de l’ancien nazi Licio Gelli. Il est actuellement consultant en matière de terrorisme et de sécurité auprès du pentagone.

Donc la pensée néo-conservatrice considère qu’un nouveau moyen orient serait la résultante d’un hémicycle de violence innée à un nouveau remaniement de la région. Et ce même remaniement aurait comme vocation de contenir toutes les potentialités conflictuelles, ethniques seraient-elles ou politiques.

Une carte du Moyen-Orient, de l’Afghanistan et du Pakistan circule déjà dans les milieux stratégiques, gouvernementaux et des cercles militaires américains depuis mai 2006. Elle est même apparue publiquement, peut-être pour préparer lentement le grand public au possible. La carte a été établie par le Lieutenant-colonel Ralph Peters. Elle a été publiée dans le ‘Armed Forces Journal’ en juin 2006 sous le titre « Frontières de sang : À quoi ressemblerait un meilleur Moyen-Orient ». Peters est colonel retraité de l'Académie Nationale de Guerre US’.

Bien que la carte ne reflète pas officiellement la doctrine du Pentagone, elle a pu servir dans un programme de formation au ‘Defense College’ de l'OTAN pour les officiers militaires supérieurs.
Et ce qui vaut toute sa crédibilité serait les réactions irritées en Turquie qu’elle avait déclenchées. Selon des communiqués de presse turcs du 15 septembre 2006, cette carte a été montrée au ‘Military College’ de l'Otan à Rome, et que les dirigeants turcs ont été aussitôt outrés par la présentation d'un partage et d’un morcellement de la Turquie en vue de la création d’un État kurde!


L’idée de base qui alimente ce projet est que le malheur de la région réside dans son mauvais découpage depuis Sykes-picot. Nous faisons donc face à un courant « révisionniste » de l’histoire, adoptant une attitude volontariste de changement radical. Ceci apaiserait les zones à haut risque conflictuel, et garantirait une stabilité des marchés pétroliers, ainsi que les intérêts économiques des plus puissants et ceux de leurs partenaires dans la région. Il s'en suit que la théorie de l’incompatibilité entre islam et démocratie ou celle du conflit israélo-arabe ne jouent plus. Ces deux causes a effet
vont céder la place a une troisième, plus radicale, qui veut croire que les maux de la région proviennent d’un découpage qui ne reflète plus les réalités « démo-géographiques ».

A travers ce remaniement global, et après avoir consolidé sa zone d’influence au moyen orient, la coalition anglo-américaine aurait contrôlé ce que l’ancien conseiller à la Sécurité Nationale US, ‘’Brzezinski Zbigniew’’ surnomme « un Moyen-Orient moderne, levier de contrôle des Balkans Eurasiens». Ceux-la se composent du Caucase (Géorgie, Azerbaïdjan et Arménie) et de l'Asie Centrale (Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan, Afghanistan, et Pakistan).

De ce fait, le moyen Orient serait un tremplin pour commencer à convoiter les ex-républiques soviétiques, le « ventre mou » de la Russie. A la lumière des évaluations du Département de l’Énergie US qui prévoit que la demande mondiale augmentera de plus de 50 pour cent entre 1993 et 2015, il serait indispensable de reconsidérer cette région, qui vit d’ailleurs un vide hégémonique exploitable, et constitue une énorme concentration de réserves de gaz naturel et de pétrole en plus d’importants minerais, dont de l'or.,

Mais si cette nouvelle carte répare les maux dont souffrent les groupes de population le plus significativement «trompées » par le tracé des frontières, comme les Kurdes, les Balouchs et les Arabes Chiites, elle échoue toujours à constituer un Moyen-Orient convenable pour les chrétiens d’orient, les Ismaéliens, les coptes d’Égypte et de nombreuses autres petites minorités.
Ainsi, nul projet ne pourra rendre heureuse chaque minorité du Moyen-Orient. Et parfois, les groupes ethniques et religieux vivent mélangés et mariés entre eux, et il serait donc périlleux d’entreprendre un découpage tenant compte de la ‘démo-géoghraphie’ communautaire. Ceci pourrait générer des
guerres intercommunautaires se disputant les frontières qui passeraient même par des quartiers a caractère communautaire hybride. Je pense surtout au Liban, ou druzes et chrétiens habitent la même montagne du Mont Liban, et ou chiites et sunnites vivent les uns parmi les autres, aussi bien à la Bekaa qu’a Beyrouth.


Redessiner le Moyen-Orient, depuis les rivages méditerranéens orientaux du Liban et de la Syrie jusqu’à l’Anatolie (Asie Mineure), l’Arabie, le Golfe Persique, et le plateau iranien, répond aux larges objectifs économiques, stratégiques et militaires, qui font partie d'un ordre du jour anglo-israélo-étatsuniens, parrainé directement ou par ignorance par les régimes arabes partenaires. Mais est-ce que ce remaniement sera-t-il, s’il se concrétisera, la meilleure solution des conflits? Et tout en sachant que l’homme n’a jamais pu réajuster les frontières sans guerre, est-ce qu’une guerre ouverte serait-elle réellement une garantie pour stabiliser une fois pour toute la région, ou tout au contraire, projettera le moyen orient dans un cercle vicieux de violence sans fin? Cela dépendra de plusieurs facteurs régionaux, et se déterminera par l’évolution des antithèses a ce projet, a savoir la montée en puissance de l’Iran, le maintien du régime des Assad en Syrie, ainsi que l’émergence d’un nationalisme religieux tel que le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien, radicalement opposé a la politique américaine.

Hikmat Abou Zeid 2006

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