La révolution d'Octobre...
Il a été contestable de voir le gouvernement ainsi que toute l'armada de l'Etat stériles devant la grandeur, la splendeur et la légitimité de ce mouvement populaire finement démocratique pendant plus de dix jours.
Apres avoir estimé qu'un changement de gouvernement serait une perte de temps à un tournant économique critique et crucial de notre histoire, on a du accusé ces héros du changement d’avoir paralysé la vie publique.
ll n'y a pas de révolution spontanée. Beaucoup de facteurs rentrent souvent en jeu: des joueurs locaux, des considérations macro-régionales sur fond de tiraillements internationaux. Les moyens digitaux, aujourd’hui catalyseurs de mouvements populaires, n’ont pas manqué. Et le « build up » clair aux yeux des observateurs qui a précédé la revolution n’est pas innocent.
Il est vrai que le blocage des rues a du dérangé la majorité des libanais, mais quelque soit notre positionnement politique sur l'échiquier, et nos avis analytiques des circonstances qui ont entouré les récents événements, nous ne pouvons que saluer la détermination et le réveil sincère de ce peuple et surtout de ces jeunes qui ont montré un courage exceptionnel afin de prendre leur destin en main!
Mais, pour que cette révolution ajuste sa boussole, afin d’achever ses objectifs substantiels de vrai changement, elle doit s'accompagner d'une autre, institutionnelle, afin de combattre la centralité pourrie du pouvoir ayant installé les seigneurs de guerre à table après Taef et qui n'a jamais cessé de bloquer l'espoir, l'essor et le développement d'un peuple assoiffé de croissance et d’une vie digne et paisible! Les jeunes que nous voyons dans les rues n'avaient même pas dix ans en 2005. La révolution ne fait que naitre d'autres et cela devrait demeurer la caractéristique des Libanais. Voila la leçon pédagogique à apprendre à nos enfants durant ces moments mouvementés de notre histoire.
Aujourd’hui, la démission du gouvernement a été prononcée, et le président de la république a adopte durant sa récente intervention la totalité des demandes de la révolution. Il est donc primordial de former un nouveau gouvernement au plus vite. A la lumière de l'immobilisme senti depuis la démission, il me semble que nous nous dirigeons vers un conseil mixte regroupant des ministres technocrates avec d’autres représentants de partis politiques. L’exercice s’avère être compliqué.
Peuple, quelque soient les acquis du moment, la révolution est par définition perpétuelle. Elle ne se limite jamais à une date, une période ou un panier d'objectifs. Elle devra persévérer pour instituer une autorité indépendante d'anciens juges et juristes afin de définir une nouvelle loi électorale, une séparation claire et nette entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire d'une part afin de rétablir une vraie justice, et entre le pouvoir exécutif et législatif de l'autre pour réactiver le contrôle et la responsabilisation, et enfin et surtout le lancement d'un débat national portant sur la décentralisation administrative et financière généralisée suite a l'élection d'une nouvelle chambre. Une fois ces trois piliers achevés, nous aurions libérer les "sujets" Libanais des contraintes clientélistes qu’avaient imposé les oligarques d’après guerre, afin de devenir citoyens a part entière. Et c'est uniquement à ce moment que nous pourrions commencer à penser à l'Etat civil et progressivement à une société laïque en amont et en aval, libre du confessionnalisme maladif et dégradant.
Vive la révolution dans le respect des institutions afin de les réformer! Le changement est en marche...le combat reste long...et notre pays l'a toujours mérité!
Hikmat A. AbouZeid
3 Novembre 2019
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